Interview Renaud


Le chanteur Renaud a accepté de répondre aux questions de notre ami Marc Large.
Merci à tous les deux !
Renaud termine actuellement son prochain album. Il n'accordera aucune autre interview avant le premier lâcher à Arbas, auquel il assistera si son emploi du temps le lui permet.

Salut Renaud. Tout d’abord, merci de nous recevoir un instant dans ton univers. Toujours étrange, cette impression d’être installé entre Brassens et Gainsbourg, dès qu’on est en ta présence.

- entre des morts tu veux dire ? (rires...) putain j'm'en sors bien !

...les images ont tout de suite les couleurs de doisneau. Et puis on s’attend à voir se pointer coluche.

- Il est pas loin, effectivement. Il est toujours là.

Aujourd'hui parmi les vivants, avec qui te sens tu bien ?

- Mon amour, ma famille, quelques potes... deux-trois artistes. et pis mon pote "le public". Sauf qu'avec lui je culpabilise de lui donner si peu quand il me donne tellement et depuis si longtemps.
Et puis j'suis bien tout seul et aussi avec Sunny notre chien. Un amour comme le sien, ça se rencontre pas souvent chez les humains.

C’est avec plaisir que nous te retrouvons en pleine forme, vivant, debout et rebelle.

- Merci Romane...

Revenu de quelques années au fond du trou. on dit que tu as retrouvé ton flingue et que beaucoup vont trinquer, que ce n’est pas les cibles qui vont manquer… Peux-tu nous parler de tes combats actuels ?

- Combat, combat... tout est relatif... je risque pas grand chose. l'ironie ou les insultes de mes opposants, le fiel de quelques journalistes, le mépris de jaloux ou de planqués qui voient dans mes "engagements" une volonté de me donner une belle image, de me servir des causes que je sers, etc... classique... . après trente ans de carrière je n'ai plus rien à prouver (sauf à essayer d'écrire de jolies chansons encore) je n'ai pas besoin de pub, aucune action politique ou humanitaire ne m'a jamais fait vendre un disque de plus, mon image a, je crois, toujours été propre et ces "combats" comme tu dis, m'ont valu plus de coups dans la gueule que de lauriers. C'est mon écriture qui m'a valu d'entrer dans le petit Larousse 2006, pas mes coups de gueule contre la corrida ou la guerre du golfe.

Mes combats actuels donc, et ça se traduit par mes chansons, des concerts de soutien, des pétitions, des interviews à tour de bras, des soutiens financiers à différentes assoc's, (l'achat de pages de pub dans les grands quotidiens etc... ) c'est le soutien à Ingrid Betancourt et les 3000 otages en Colombie, le soutien aux prisonniers politiques en Birmanie (notamment la prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi) le boycott de total complice de la junte birmane, tenter de médiatiser de sort de léonard Peltier, indien d'Amérique du nord emprisonné-innocent depuis trente ans aux USA, le parrainage de deux associations anti-corrida et différentes actions avec ou pour eux (plus une chanson pour la cause), je suis en relations toujours avec Greenpeace pour un événement à venir qui protestera contre la politique nucléaire criminelle de nos sociétés, le soutien parfois systématique à tous les opposants à Georges Bush et sa politique à la con aussi bien intérieure qu'internationale, et, à travers des dizaines de couplets dans différentes chansons à venir, le soutien global aux athées, aux associations féministes, aux droits des minorités et le refus  des sectes, religions et intégrismes de tout poils, le soutien au peuple basque et aux militants politiques emprisonnés ici ou là. En Corse comme en Irlande du Nord.

Et puis, bien évidemment, je conchie le terrorisme d'où qu'il vienne même si cette notion est  assez vague et engendre des polémiques, des débats genre "qui est résistant qui est terroriste ?"
La guerre est toujours le premier des terrorismes pour les populations civiles... ... je suis autant allergique aux kamikazes palestiniens ou irakiens qu'aux "bavures" de tsahal sur les civils, les enfants, dans les territoires occupés.
La vie d'un enfant ou d'un civil non-combattant a pour moi autant de valeur qu'il soit Israëlien, Palestinien,  Mhong ou Colombien.

je soutiens, par ailleurs, différentes associations humanitaires et culturelles. c'est peut-être pas des "combats" mais ce sont des "engagements".

Et puis les ours...

Tu nous parles des prisonniers politiques, Ingrid Bétancourt et de l’indien Léonard Peltier. Tu cites Michael Moore, José Bové. Mais nous savons que quand les humains t’écœurent un peu trop c’est vers la nature que tu t’es toujours tourné...

- J'aime la nature. je suis pas rancunier hein ? (rires...).
Plus sérieusement, je ne désespère pas totalement de l'espèce humaine. Mais c'est vrai que lorsque ça m'arrive, lorsque j'ai un bon vieux coup de blues, me retrouver les pieds dans l'eau sur la sorgue tout seul avec ma canne à pêche, c'est Byzance !

Tu as chanté à propos des chiens, des chats, de l’océan… et on connait ton combat contre la corrida...... mais ce qu’on sait moins c’est que tu as aussi repris une chanson à propos d’un ourson prisonnier. Pourquoi cette envie ?

- C'était à la demande de mon pote Henry Dès, un amour de bonhomme qui écrit de belles et intelligentes chansons pour les enfants. Celle-la m'a particulièrement touché, quand il m'a proposé de l'interpréter je n'ai pas hésité une seconde.

Tu as accepté de devenir parrain d’une ourse qui sera lâchée dans les Pyrénées. D'où te vient cette fascination pour l’ours ?

- De mes racines. Pas pyrénéennes, pas parisiennes, pas ch'timi ou occitanes, de mes racines d'être humain dont les ancêtres ont toujours fréquenté une terre où l'ours avait sa place.

Tu connais très bien la vallée d’Aspe. Il paraît d'ailleurs que tu as des racines béarnaises ?

- Mes ancêtres camisards, persécutés par les dragonnades ont fuit leurs Cévennes d'origine il y a quelques siècles et certains ont trouvé refuge dans les Pyrénées. au cimetière d'Osse en aspe des "bost" (nom de ma grand-mère paternelle) reposent en paix, les tombes catholiques et protestantes s'y côtoient. Et puis dans ce village j'y ai retrouvé une lointaine cousine "Cadier" protestante et originaire de la vallée depuis plusieurs générations. plusieurs "Cadier" furent pasteurs en vallée d'aspe.

Tu as mené un méchant combat contre le fameux tunnel du somport. Peux-tu nous raconter ?

- En une phrase ? pas fastoche, longue histoire... des années à protester dans différents médias contre ce bétonnage prévu dans un des plus beau paysage du monde, concerts de soutien aux opposants, manifestations judiciaires (notamment pour soutenir Eric Pétetin incarcéré une quinzaine de fois pour son "activisme" anti-tunnel), et, au final, une vallée splendide défigurée par une voix express, mille camions par jour, les bétonneurs et le lobby des transports et de la vitesse ont gagné. Je me souviendrai toujours aussi de la réponse de Christian Laborde à ce brave pro-tunnel de Labarrère quand il nous a lancé "moi je m'occupe des chômeurs avant de m'occuper des ours !" mon ami Laborde lui a rétorqué "vous vous en occupez tellement bien qu'il y a de plus en plus de chômeurs et de moins en moins d'ours !"

Comment as-tu vécu la mort de papillon, le dernier grand ours de cette vallée, et surtout l’assassinat de Cannelle, la dernière femelle pyrénéenne, l’année dernière ?

- Déjà, j'ai pas une grande tendresse pour les chasseurs, ceux qui flinguent les ours (à moins que ce ne soit pour sauver leur peau, ce qui n'était vraisemblablement pas le cas cette fois-là), je pardonne pas, c'est un crime contre la nature, contre la vie.

On se souvient de tes entrées musclées dans la mairie de Pau, tes phrases savoureuses contre les zélus bétonneux,  ton soutien à Eric Petétin et à Christian Laborde. Et surtout ce grand concert de six heures à Biarritz pour la sauvegarde de l’ours et de la culture basque. Quels souvenirs gardes-tu de tout ça ?

- Un peu désabusé... tout ça n'a pas servi à grand chose, sauf que si je l'avais pas fait, si je n'avais pas mis mon nom, ma petite "popularité" et même de la thune au service de ces causes j'aurais honte de moi aujourd'hui. Comme citoyen, comme artiste et comme humain. Je ne sais pas où en sont les ikastolak aujourd'hui mais je continuerai à les soutenir. Pareil pour les ours.

Tu as écris : « vas pas t’imaginer que je suis manipulé par les rouges ou les blancs, je ne suis qu’un militant du parti des oiseaux, des baleines, des enfants, de la terre et de l’eau ». Ancien « anarcho-miterrandiste » comme tu disais, il paraît que tu votes volontiers pour les verts, aujourd’hui. est-ce vrai ?

- Ben depuis 25 ans aux premiers tours des élections ouais... pour, même si certains s'en défendent, l'écologie c'est une valeur de gauche.  la droite c'est le profit, la consommation, l'exploitation à outrance de toutes les ressources quitte à ce que ce soit au détriment de la planète, des générations futures pour le profit, les intérêts de quelques-uns, de quelques multinationales. L'écologie, la protection de l'environnement devrait représenter pas loin de 50% du programme électoral de tous les candidats et plus particulièrement de ceux qui se réclament de la gauche. Et le social ne doit pas être pour autant négligé par les candidats verts.
J'ai soutenu et voté Noël Mamère, si l'occasion se représentait demain je ne le referai pas.  Depuis que je sais que ce monsieur par ailleurs formidable est un aficionado acharné je ne peux plus croire en ses discours qui prônent le respect de la vie.

Que penses-tu de la réduction, chaque année, du budget de l’Etat pour l’écologie ?

- Je pense que dans un siècle les arrière-petits-enfants de nos dirigeants seront dans la même merde que les miens.
Eux, visiblement, ils s'en foutent  moi ça  me désespère.
On devrait les attaquer pour "non assistance à génération futures en danger", voire pour "crime contre l'humanité"...

Merci.