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Rencontre à Toulouse : bilan positif !

26-07-2007 - 16:13
Hier matin, Nathalie Koscisuko-Morizet, secrétaire d'État à l'Écologie, était en visite à Toulouse afin de rencontrer les élus, les éleveurs et les associations. L'occasion de réunir autour d'une table toutes les parties concernées par la question de l'ours dans les Pyrénées. Découvrez le discours prononcé à cette occasion par F. Arcangeli, maire d'Arbas et président de Pays de l'Ours – Adet.

« Les éleveurs me disent que Franska est un ours à problème. Les scientifiques répondent que Franska a un comportement normal. Le protocole « ours à problème » doit être réévalué pour être mieux partagé » a expliqué hier à Toulouse Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d'État chargée de l'Écologie. Pour elle, le retrait de Franska ou le confinement des ours, souhaités par les éleveurs anti-ours, ne sont pas à l'ordre du jour.

Nathalie Kosciusko-Morizet veut se donner du temps pour analyser la situation, y compris avec l'avis d'experts étrangers de la cohabitation avec le plantigrade.  Avec comme objectif de surmonter la crise actuelle : « Le plan de réintroduction de l'ours n'a pas pour but de créer des tensions ».

Nathalie Kosciusko-Morizet a proposé cinq pistes de travail :

- Une évaluation à mi-parcours du plan 2006-2009, qui insistera sur l'impact, l'économie, l'agriculture, mais surtout sur la biodiversité.

- Une refonte du protocole « ours à problème », avec avis d'experts d'autres pays, qui puisse être adapté à la situation dans les Pyrénées.

- Un contrôle de « zones de présence de l'ours ». Pas de zoo, pas de réserve, mais des zones où la présence de l'ours est possible, et d'autres où elle n'est pas souhaitable.

- Une amélioration du suivi, qui permette en temps réel de situer les ours, avec information auprès des personnes compétentes (élus…)

Un renforcement de l'aide au pastoralisme, piloté par le préfet de Région, qui prendra aussi en compte le problème des vautours, qui eux aussi, attaquent les brebis. Une collaboration avec les Espagnols, qui ont fermé des sites de nourrissage, est envisagée.


François Arcangeli, maire d'Arbas et président du « Pays de l'Ours - Adet », était présent à la réunion pour représenter notre association. Voici le discours qu'il a prononcé à l'attention de Nathalie Kosciusko-Morizet :


Madame le Ministre,

Il y a moins d’un siècle a été trouvée à quelques kilomètres d’Arbas dans la grotte de Montespan la plus ancienne statue jamais façonnée par l’Homme. Elle a 15 ou 20.000 ans, c’est une statue d’ours !
C’est dire combien l’histoire commune de l’Homme et de l’ours est ancienne dans les Pyrénées. Des millénaires, où l’ours fût tantôt vénéré comme un Dieu, animal sacré, admiré, fascinant, tantôt animal craint, détesté, chassé…

Personne autour de cette table ne contestera cette affirmation : l’ours fait partie, dans les Pyrénées comme en France, de notre patrimoine naturel et culturel.
Et c’est après des millénaires de présence dans nos montagnes que l’Ours risque de disparaître sous nos yeux : nous sommes nombreux à ne pas l’accepter. Nous sommes nombreux à ne pas imaginer laisser tomber un pan entier de notre histoire, d’effacer avec lui cette fierté que nous avons, nous pyrénéens, de prendre en main notre avenir en conciliant tous les enjeux de notre territoire dans une vraie démarche de développement durable.

Une étude d’opinion réalisée par l’IFOP il y a deux ans montrait que 84 % de la population des trois départements de montagne de Midi-Pyrénées (Hautes-Pyrénées, Haute-Garonne et Ariège) était favorable au maintien de cette population d’ours. Lorsqu’on demande « quel animal sauvage symbolise le mieux les Pyrénées ? », deux personnes sur trois sur ce territoire répondent spontanément : « l’ours » !

Ce patrimoine naturel et culturel, nous avons l’obligation de le protéger et de le restaurer, c’est la parole de l’Etat et le respect des traités qu’il a signés, et comme toute action de conservation ou de restauration du patrimoine, cela a un coût et des contraintes. Un coût jugé trop élevé ou dérisoire selon le regard qu’on y porte, mais n’oublions pas deux choses :
lorsqu’on laisse durant des décennies, comme nous l’avons fait, un élément de notre patrimoine se dégrader, nous en payons ensuite un coût d’autant plus important ;
regardons à quoi sert l’argent du « programme ours » : pour moitié au pastoralisme, dont chacun peut s’accorder qu’il en a bien besoin, et pour autre moitié essentiellement à financer des emplois, dans nos vallées, dont chacun peut s’accorder aussi sur le fait qu’elles n’en ont pas de trop. C’est plus d’une centaine d’emplois qui sont tout ou partie financés sur ces fonds, que chacun y pense bien avant de dénoncer ces crédits.

Madame le Ministre, nous sommes aujourd’hui réunis à votre initiative - je vous en remercie - et je me réjouis de voir pour la première fois rassemblées toutes les parties concernées et que cette fois peu ont choisi de boycotter cette rencontre. Nous devons saisir cette chance.
Nous ne partons pas de zéro. Nous avons depuis les lâchers de 1996 un retour d’expérience de plus de dix ans dans les Pyrénées, et plus encore dans le Béarn. Nous pouvons aussi nous appuyer sur les expériences de nos voisins européens, qui comptent bien plus de prédateurs que nous, et qui ont réussi cette cohabitation. Ce qui est possible dans certaines vallées pyrénéennes, ce qui est possible en Espagne, en Italie, en Slovénie… doit nous aider à trouver partout dans les Pyrénées le chemin de la nécessaire conciliation des activités humaines avec la protection de notre environnement. C’est cela, le développement durable, ce n’est pas la nature à la place de l’Homme, ce n’est pas une fois de plus l’opposition de l’Homme à la nature, c’est la conciliation de tous les enjeux, qu’ils soient environnementaux, sociaux ou économiques.
Je le dis avec gravité à tous autour de cette table, ne gâchons pas cette nouvelle occasion qui nous est donnée aujourd’hui. Gardons-nous de nos excès, faisons preuve de bonne volonté et de sincérité, ne soyons pas excessif ou agressif : nous avons pu par le passé mesurer à quel point cette stratégie est stérile.
L’ours pose des problèmes au pastoralisme, personne ne le conteste, parlons-en ! L’ours pose d’autres questions : discutons-en !
Mais gardons-nous des fausses pistes qui, mises en échec, créeront les désillusions de demain : j’entends parler de cantonner les ours. Cette « solution » n’existe nulle part ailleurs : ni en Espagne, ni en Italie, ni en Slovénie, ni ailleurs. Elle est contraire aux lois et à nos engagements internationaux. Elle nie le droit à la faune sauvage d’être sauvage. Elle maintient l’illusion que le pastoralisme pourrait s’exercer demain sans aucun prédateur. Le loup revient, qu’en ferons-nous ? Un parc ?
Continuerons- nous ainsi d’opposer l’Homme et la nature ?

Madame le Ministre, au nom des communes pyrénéennes et des élus qui soutiennent le « programme ours », au nom des professionnels du tourisme et du pastoralisme qui voient dans cette histoire l’amorce d’un nouveau développement dans les Pyrénées, basé sur la valorisation des atouts et des spécificités de ce territoire remarquable, au nom de ces associations et de tous ces citoyens qui nous soutiennent, je vous renouvelle toute notre détermination, comme nous l’avons toujours fait, à rechercher à vos côtés les voies de la conciliation.

Je vous remercie.

François Arcangeli
Maire d’Arbas
Président de « Pays de l’Ours – Adet »,
association pour le développement durable des Pyrénées

Toulouse, le 26 juillet 2007



>> télécharger le document de travail remis le 26 juillet à la ministre (document PDF, 5 pages, 168 Ko)